Thème: « DÉCOUVRIR L’INFINIE RICHESSE DES DONNÉES OUVERTES (OPEN DATA) DANS LA RECHERCHE  SCIENTIFIQUE »

La recherche scientifique en Afrique (et son impact sur le développement) est un sujet de préoccupation croissant aussi bien pour les décideurs africains que pour les bailleurs de fonds (Gaillard, 1998). Ce constat est d’autant plus pertinent et interpellant dans un contexte africain où la recherche fait face aux défis de l’excellence scientifique (Ela, 2007), et où les institutions de recherche scientifique en Afrique au Sud du Sahara peinent encore à émerger de la nature substantiellement nominale à laquelle elles avaient été confinées à leurs créations pour se construire de véritables politiques scientifiques (Charles Davis, 1983) et s’ériger en des moteurs de compétitivité scientifique sur le plan international.

Prenant appui sur ce constat, le Laboratoire camerounais d’études et de recherche sur les sociétés contemporaines (CERESC), dans sa quête permanente de solutions aux difficultés dont font face les chercheurs de la communauté scientifique camerounaise en général et ceux de l’Université de Yaoundé I en particulier a organisé une conférence satellite le deux mars deux mil dix neuf sur le thème « Découvrir l’infinie richesse des données ouvertes (open data) dans la recherche  scientifique ». Cette activité, inscrite dans le cadre de ses animations scientifiques, a débuté à dix heures au sein du campus de l’Université de Yaoundé I, dans l’amphithéâtre N° 7 du Nouveau Bloc Pédagogique (NBP7) de la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines (FALSH), et a vu la participation de madame Niclaire Prudence NKOLO, point focal de l’Open Access au Cameroun, de messieurs Carlos DENDI LACGNI, expert de l’Institut National de la Statistique, Urbain Serge KENNE, Doctorant en sociologie et membre du CERESC et enfin la participation spéciale de Thomas Hervé MBOA NKOUDOU, Président de l’Association pour la Promotion d’Open science en Haïti et en Afrique (APSOHA).

L’Open Data, ou données ouvertes, qui étaient au centre des échanges de cette conférence sont des données auxquelles l’accès est totalement public et libre de droit, au même titre que leur exploitation et leur réutilisation. Ces données offrent de nombreuses opportunités pour étendre le savoir humain et créer de nouveaux produits et services de qualité. Pour promouvoir cette vision, l’Open Knowledge Foundation célèbre le 02 Mars de chaque année une journée mondiale consacrée à la sensibilisation et à la vulgarisation des données ouvertes pour la recherche baptisée « Open Data Day ». Découvrez une définition complète et des exemples concrets d’utilisation des Open Data sur https://okfn.org.

Ainsi, en communion avec les acteurs internationaux  de l’Openness qui célébraient la journée mondiale des données ouvertes pour la recherche scientifique, cette conférence avait pour objectif de :

  • Socialiser la communauté scientifique camerounaise au concept d’Open Data ;
  • Faire explorer aux chercheurs, la kyrielle d’opportunité scientifique qu’offre la connaissance du « numérique »;
  • Initier les jeunes chercheurs aux techniques de recherche à partir du numérique ;
  • Sensibiliser les chercheurs de l’Université de Yaoundé I à adopter, dans leurs travaux, les bonnes pratiques de l’open research data ;
  • Construire, avec des partenaires extérieurs, une base de données numérique accessible à tous à partir du site web : www.ceresc.org

Le présent rapport fait l’économie des activités de cette conférence qui étaient subdivisées en deux principales parties : un moment théorique et une partie pratique. Elle a été suivie par une centaine de chercheurs de toutes les facultés et triés au volet par le comité d’organisation du CERESC. De manière chronologique, les activités et les différentes prises de parole, qui étaient modérées par Jean-Marcellin MANGA, Secrétaire Exécutif du CERESC, se sont déroulées comme suit :

Tout a commencé par l’observation d’une minute de silence à la mémoire du Dr MBOUOMBOUO Pierre, Enseignant-chercheur au département de sociologie de l’Université de Yaoundé I dont les obsèques se déroulaient à Foumban presqu’au même moment que la conférence. Après avoir honoré la mémoire du disparu, la première prise de parole a été accordée à Yves Valéry OBAME, membre du CERESC et parallèlement promoteur de l’Association OER-Cameroon qui, dans son propos introductif, a brièvement présenté l’historique de la célébration de « Open Data Day », le contexte, les conditions de l’ouverture du CERESC à ce vaste champ très captivant et incontournable pour les chercheurs d’aujourd’hui.

Minute de silence à la mémoire du Dr MBOUOMBOUO Pierre

Le second intervenant, Thomas Hervé MBOA NKOUDOU, président de l’APSOHA et figure internationale dans la promotion de la Science ouverte en Afrique, faisait une fois de plus honneur au CERESC d’animer une communication sur « Open science, Open Data : opportunités et défis pour la recherche scientifique au Cameroun ». La quintessence de ce partage d’expérience était centrée sur les opportunités qu’offrait cette composante de la Science ouverte aux chercheurs des Sud. Il s’agit pratiquement des opportunités qu’ont les chercheurs de mettre en libre accès leurs travaux scientifiques sur une plateforme des chercheurs via internet et la possibilité d’avoir accès aux travaux d’autres chercheurs, d’autres universités et centres de recherche. En effet, pour lui, les défis que rencontrent les chercheurs dans cette partie du monde peuvent être relevés si ceux-ci consentent à embrasser ce mouvement mondial qui offre des pistes et des opportunités multiples susceptibles de combler le gap entre le Nord et le Sud en termes d’accessibilité à la documentation scientifique et aux opportunités connexes (financements, mobilité, etc.). Les difficultés d’accès et de vulgarisation des données ouvertes en Afrique et au Cameroun sont néanmoins dues entre autres à l’indifférence des décideurs, à l’absence  des politiques de recherche favorables à l’Openness dû au financement de la recherche par le Nord, le manque criard d’informations numériques, les enjeux économiques, politiques, juridiques, etc., qui animent les chercheurs dans la conservation de leurs travaux en papier, le manque de littératie numérique chez les décideurs et chez les chercheurs, le manque de connaissance et de maîtrise des sites d’internet de recherche. Un autre défi qui demeure est la décolonisation des connaissances pour une valorisation des travaux du Sud.

Intervention de Thomas Hervé MBOA NKOUDOU, Président APSOHA

La prise de parole de Urbain Serge KENNE avait pour objectif de capaciter les participants sur les plans théorique et pratique en lien avec « Les techniques de recherches scientifiques à l’air du numérique » Dans une démarche davantage pratique sous forme d’ateliers, il a initié les jeunes chercheurs des cycles de Master et de Doctorat à l’utilisation et à l’exploitation optimale des sites de recherche en libre accès aux chercheurs. Ces différents ateliers avait pour but d’initier les étudiants, futurs chercheurs et chercheurs à l’utilisation du numérique notamment l’utilisation des outils de recherche (les moteurs de recherche (Google Scholar, web of knowledge, etc.), les sites de recherche spécialisée (jstor.org, African journal, etc.), les bibliothèques numériques (Les classiques des sciences sociales, bibliothèque numérique de l’université libre de Bruxelles), les bases de données, les archives numériques disciplinaires, etc.

Intervention de Urbain Serge KENNE, Doctorant en sociologie, ICT Resource person

Carlos DENDI LACGNI de l’INS (Institut National des statistiques : www.statistic-cameroon.org ) qui prenait la parole en troisième position, a procédé à une présentation des plateformes de diffusion des données statistiques du Cameroun dans le cadre d’un projet OPEN DATA développé par l’INS. Le projet open data de l’INS ( http://nso.cameroon.Opendataforafrica.org)  est un système de partage des données entre organismes nationaux financé par la BAD. Il a précisé que l’INS dispose des plateformes suivantes : la base de données CanSED (CameroonSocio-EconomicDatabase, http://dataforall.org/cansed) pour la diffusion des données d’enquêtes socio-économiques, l’ANADOC (Archives Nationales des Documents, http://nada.stat.cm pour les éléments contextuels et le plan de récapitulation des données de l’INS. En guise de prologue, il a rappelé que toutes ces données étaient disponibles en libre accès pour les chercheurs qui, la plupart du temps, ne sont pas toujours informés de l’existence d’une telle source d’informations scientifiques.

Partage de l’expérience du projet Open data de l’Institut National de la Statistique par Carlos DENDI LACGNI, Expert INS-Cameroun

Enfin, Niclaire Prudence NKOLO, point focal de l’Open Access au Cameroun, a procédé à une présentation des enjeux et avantages de l’Open Access et de l’Open Data. Pour elle, « sans données, on ne peut créer d’informations et sans informations, il n’y’a pas de nouvelles connaissances. Et s’il n y a pas de nouvelles connaissances à partager avec les autres, comment parler de libre accès ? » Ces propos de Madame Niclaire Prudence NKOLO dénotent une interdépendance entre un accès aux informations et la recherche car sans accès aux données et aux autres travaux on ne pourrait produire de nouvelles connaissances et faire avancer la science. Et de ce fait, les avantages que représente l’Open science restent importants.

Présentation de Niclaire Prudence NKOLO, Open Access Cameroun

Le  CERESC (Laboratoire Camerounais d’Études et de Recherche sur les Sociétés Contemporaines) par la voix de son Directeur Exécutif, le Pr. Armand LEKA ESSOMBA, tient à témoigner sa profonde gratitude à tous les acteurs qui ont œuvré (dans l’ombre ou sous les projecteurs) à la réalisation et à la réussite de ce grand événement. Sans être exhaustif il s’agit de OER-Cameroon (Open Educational Resources in Cameroon, @oer_cameroon) une association qui se consacre à la sensibilisation et à la promotion de l’utilisation des ressources éducatives libres (REL) dans l’enseignement secondaire et supérieur au Cameroun, de l’APSOHA (Association pour la Promotion de la Science Ouverte en Haïti et en Afrique, www.projetsoha.org ), Open Knowledge International (OKI) https://okfn.org/ .

Cette conférence a bénéficié d’un soutien financier de 300$ USD de la part du Conseil mondial d’organisation du World Open Data Day (Open Knowledge International ).

En guise de conclusion, on peut dire que la célébration de l’Open Data Day 2019 a bel et bien été effective au Cameroun à travers l’animation scientifique qu’elle a donné lieu et s’est avérée très enrichissante du point de vue des participants de cet évènement. Ceux-ci, à travers les moments d’échanges et de partage qui ont meublé les différentes phases de cette conférence, se disent satisfaits et affirment avoir beaucoup appris. A la lumière de ces différents témoignages, il est possible d’affirmer que le CERESC, à travers l’organisation de cette conférence, a atteint son objectif. Celui de sensibiliser et de doter les chercheurs camerounais des outils contemporains pour la recherche scientifique malgré les défis et les pesanteurs liés au milieu dans lequel ceux-ci évoluent au quotidien. L’ordre du jour ayant été épuisé, le Secrétaire Exécutif a clos les travaux et levé la séance à 15 heures. C’est dans une logique de continuité de la sensibilisation à la fois des milieux universitaires du Cameroun et des milieux de décision qu’un plaidoyer pour l’adoption de l’Open Science au Cameroun a été rédigé et adressé au Recteur de l’Université de Yaoundé I et au Ministre d’État en charge de l’Enseignement supérieur au Cameroun.

Photo de famille des participants à la Conférence
Préparation des travaux en ateliers

De gauche à droite, Yves Valéry OBAME (OER-Cameroon, CERESC), Thomas Hervé MBOA NKOUDOU (APSOHA), Dr Sylvie MVOA (MINESUP), Salomon ESSAGA (OER-Cameroon, CERESC) Jean-Marcellin MANGA (Secrétaire Exécutif CERESC), Niclaire Prudence NKOLO ( Open Access Cameroun)

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